Ariana ville

Ariana, la ville des roses, j’y ai vécu et j’y vis depuis plus de 35 ans. A quelques minutes de la capitale, Tunis, elle est considérée comme son prolongement.
Elle est aussi très proche de la plupart des quartiers chics du Grand Tunis, ce qui fait d’elle un point de passage obligatoire et une alternative de taille afin d’éviter la surcharge de la capitale.
Comme tout autre endroit en Tunisie, Ariana ville a sa culture et ses traditions mais,  surtout, une image spécifique qui l’identifie des autres villes du pays. Particulièrement son centre qui, malgré les différents changements du temps, a gardé son originalité du passé.
Cependant, la date du 14 janvier 2011, a sonné le glas d’une certaine nostalgie et a annoncé les prémices d’une épidémie qui gangrènera, peu à peu, l’image de cette belle ville. Elle donnera, rapidement, naissance au mal qui touche toute la Tunisie: l’anarchie.

Le mythique roi de Thebes, Céron, a dit : « Il n’y a pas de plus grande plaie que l’anarchie. Elle ruine les villes, brouille les familles, gangrène les militaires. »

Pour vous rendre compte de l’ampleur du préjudice, je vous invite à faire un petit tour, à pied. Il commencera à partir du terminus du métro jusqu’au mausolée de Sidi Ammar.

Terminus du métro d’Ariana Ville

Situation du terminus du métro 2 de l'Ariana avec la route de la fripe.
Situation du terminus du métro 2 de l’Ariana avec la route de la fripe.

Dès que vous mettez les pieds à la station, une sensation étrange s’empare de vous. Rien que le fait de voir le nombre de personnes qui attendent devant les portes du métro sur le quai destiné, uniquement, à le faire vider, un sentiment d’exaspération et d’insécurité s’approprie de votre esprit.
Comme si vous venez d’arriver dans une zone de non-droit. Aucun agent de contrôle ne se trouve dans les parages. Vous n’êtes pas loin de la vérité.
Arrivé à la porte de sortie (empruntée par 70% des passagers, les autres traversent les railles), vous serez accueillie par les ex-vendeurs à la sauvette qui se sont approprié cet endroit stratégique.
Si vous regardez à droite vous constateriez avec amertume ces constructions de fortunes, ces pseudos boutiques improvisées, langeant tout le mur de la station. Ils vendent de tout. Du fast-food (chapati et compagnie) dans des conditions d’hygiènes inexistantes, jusqu’aux vêtements de contre façon.

Vue des boutiques de fortune qui longent le mure extérieur du terminus du métro 2 de l'Ariana
Vue des boutiques de fortune qui longent le mure extérieur du terminus du métro 2 de l’Ariana

En face de vous, il y a le terminus des bus. Il est concurrencé avec ardeur, par ces squelettes de véhicules jaunes et bleus, les taxis collectifs.

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Il y a même des spécimens sans fenêtres et sans portes. Ils affichent sans scrupules les mêmes numéros que les bus publics et dont les gens n’hésitent pas une seconde à s’entasser dedans comme des moutons, avant que le chauffard fou derrière le voulant démarre son engin et les laissent derrière.

Prenez à droite, direction le marché municipal de l’Ariana. Il vous faut 5 minutes pour y arriver. Le chemin que vous emprunterez est bordé à droite et à gauche par les boutiques de fripe. Il s’agit, en effet, du centre névralgique de la friperie de l’Ariana. Je n’ai jamais fais le compte, mais il y a plus de 50 boutiques et de nouvelles ouvrent tous les jours.
Ce qui attirera, certainement, votre attention est la technique d’étalage utilisée. Chaque boutique dispose d’une table de plus de 3 mètres de long, en perpendiculaire à la porte de la boutique pour finir au milieu de la chaussée. Il y a des boutiques qui ont des dizaines de planches de ce genre et des deux côtés de la rue. Aucune voiture n’ose s’aventurer dans cet endroit qui était considéré comme un point de sortie de la ville et un quartier résidentiel calme.
Cette traversée des fripes se termine par un rassemblement de poubelle, à odeur fétide tout au long de la journée et de la nuit, marquant la séparation entre les commerçants des fripes et ceux des légumes et des fruits.

Le cauchemar de l’Ariana s’appelle le marché

Position du marché de l'Ariana
La position des étalas anarchiques et illégaux qui occupent les environs du marché municipal.

Depuis les poubelles, citées plus haut, jusqu’au mausolée de Sidi Ammar, c’est l’actuel marché de l’Ariana. Avant le 14 janvier 2011, j’empruntais cette route en voiture, de jour comme de nuit pour rentrer chez moi. Depuis cette date, la traverser à pied est comparable au parcours du combattant.
Jadis, cet endroit tant convoité par les vendeurs à la sauvette, traqués sans relâche par les agents de la municipalité, est conquis depuis « la révolution », par une mafia extrêmement organisée.
Des légumes et des fruits sont présentés dans des abris de fortune, couverts de bâches, d’une saleté inhumaine en guise de toit, sur une distance de plus de 200 mètres.

Le commerce anarchique
Modèle d’un abri pour vente de fruits aux environs du marché municipal.

Sous prétexte d’une situation sociale défavorable, les têtes pensantes de ce système font la pluie et le beau temps dans cette place.
Ils recrutent les vendeurs, ils décident de l’emplacement de chaque baraque, ils fournissent les balances trafiquées et fixent les prix de vente du jour.
Quant à la marchandise qu’ils offrent, là c’est une autre paire de manches.
Vous aurez l’impression de faire vos courses dans une poubelle. Sachez juste que les chiens errants, la nuit, utilisent ces baraques comme abri pour dormir, manger et faire leurs besoins.
D’une qualité que même les animaux refusent d’en manger, ils affichent des prix bas pour attirer les clients. La balance trafiquée est là pour faire l’équilibre.
Il y a ceux qui laissent les clients choisir la marchandise qui est toute pourrie et il y a ceux qui vous l’interdisent avec un air très menaçant. D’ailleurs tous les vendeurs le sont. C’est un critère de recrutement.
De plus en faisant vos courses dans cet endroit, vous pouvez apprendre de nouvelles injures tellement ces vendeurs sont étrangers à la notion du respect des autres, du respect tout court.
Gare à celui qui ose discuter de la qualité ou du prix. Il risque d’entendre et d’en voir de toutes les couleurs.
Au crépuscule cette place de marché devient un bar à ciel ouvert où l’alcool et les autres produits illicites coulent à flots.
A la tombée de la nuit, le marché municipal de l’Araina devient l’endroit rêvé de tous  genres d’animaux errants, cafards, rats, chat et chiens sauvages, tous profitent de la rareté des passagers et de l’obscurité totale afin de savourer la marchandise que vous achèterez probablement le lendemain.

Où sont les responsables ?

Ce qui est étonnant dans cette histoire et prouvant la complicité du système est que tout ce beau monde, agissant dans l’impunité totale, est entouré de deux postes de police, d’un QG de la garde nationale, de la préfecture de la police, de la municipalité et du palais du gouvernera. A croire que ces hors-la-loi sont protégés par cette même loi qu’ils transgressent chaque jour.
D’ailleurs, c’est le scénario le plus probable.
La place de marché de l’Ariana ville attire les clients de tous les milieux et de tous les niveaux. Des millions de dinars sont réalisés chaque jour et tout le monde s’en sert sans scrupules.
C’est une source de revenus pour tout le monde et elle profite à tous les niveaux du système. Le voir disparaître est un rêve impossible.
L’argument, de l’explosion sociale utilisée par les responsables est de la poudre aux yeux, pour faire durer cette affaire très rentable financièrement et politiquement.

Les habitants de la ville ont, eux aussi, une part de responsabilité dans la mesure où ils ne boycottent pas ce système et par leur acte d’achat encourage sa pérennité.

Voilà, nous somme arrivé à notre destination. A votre gauche il y a le mausolée de Sidi Ammar. C’est normal que vous ne la voyiez pas, elle est cachée par ce vendeur de fruits qui a monopolisé, avec son ami le vendeur de tabac de contre bande, toute la façade.

La mausolée de sidi ammar ariana
L’état actuel de l’entrée de le mausolée de Sidi Ammar presque imperceptible aujourd’hui en 2015

Enfin, vous retrouvez, en face de vous, une autre station de taxis collectifs, ces fameux engins jaunes et bleus prêt à faire le plein des gens qui se sont faits arnaquer dans cette fameuse place de marché de l’Ariana ville.

Aujourd’hui, la ville de l’Ariana a un nouveau gouverneur. Monsieur Amor Ben Mansour, un juriste de carrière. Sa tâche sera difficile vu les enjeux auxquels il devra faire face. Ce que je décris plus haut est l’un des plus importants.

Une poubelle improvisée devant la mosquée de l'Ariana ville
Une poubelle improvisée devant la mosquée de l’Ariana ville

Pensez vous que le nouveau gouverneur réussira à déloger et nettoyer Ariana ville de l'anarchie qui y règne 

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Source image: La page facebook d’Ariana news et google map.

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