Erdogan-Davutoglu

Personnellement, j’ai sous-estimé Erdogan dans mon dernier article .
Après les élections électorales  du 7 juillet 2015 et la perte de son parti, l’AKP, de la majorité absolue détenue depuis plus d’une décennie, j’ai cru au début de la fin de l’ère Erdogan et de son parti islamiste.
En effet, la montée du HDP (Parti kurde) avec ces 80 députés au parlement donne un avantage confortable à l’opposition et oblige l’AKP à composer avec celle-ci afin de former un gouvernement. Pis, l’opposition, s’il y a consensus, pourra composer un gouvernement sans l’AKP puisqu’ils détiennent, tous ensemble, la majorité au parlement. D’ailleurs, c’est le pire des scénarios qui pourra arriver à Erdogan.

Repartition-des-siges-au-parlement-turc-2015
A l’issu des élections législatives du 07 juillet 2015 l’opposition totalise 292 sièges contre 258 sièges pour l’AKP

Après les résultats, de ces élections, tout le monde a pensé qu’Erdogan se trouvait dans une situation inconfortable, qu’il avait vu tous ses plans tombés à l’eau. Il n’avait pas, seulement, perdu la majorité absolue de son parti dans le parlement, mais aussi il avait perdu l’occasion de changer la constitution afin de récupérer les pleins pouvoirs qu’il avait perdus en devenant le 12e président de la Turquie le 10 août 2014.
D’un autre côté, Erdogane, détenait une dernière carte à la main en cas de désaccord sur la formation d’un gouvernement, c’est la tenue des élections anticipées.

Mais l’homme fort de la Turquie a d’autres plans.

Le machiavélique Erdogan

Voilà une occasion en or qui vient se présenter au Président turc sur un plateau. Il ne la laisse pas passer.

Le motif

L’attentat de Suruç, du 20 juillet 2015 (32 morts et une centaine de blessés) a déclenché une réaction en chaine  jouant, actuellement, en faveur d’Erdogan et de l’AKP.
Suite à cet acte terroriste, contre des Kurdes et des militants pros-kurdes, perpétré par l’EI (L’Etat islamique ou Daesh), la branche armée des Kurdes, le PKK, organisation classée terroriste par la communauté internationale, accusant le gouvernement Turc de complicité avec l’EI, a exécuté deux policiers Turcs comme acte de vengeance suite à l’attentat.

Reaction-en-chaine-suite-a-l-attentat-de-Suruc-Turquie
Réaction en chaîne suite l’attentat de Suruç le 20 juillet 2015. Source- AFP

En agissant ainsi, le PKK a donné à Erdogan le motif qu’il cherchait. En habile homme d’Etat et via son lieutenant Ahmet Davutoglu, actuel chef du gouvernement, il lance des frappes aériennes contre des positions de l’EI en Syrie mais aussi des positions du PKK en Syrie et au Nord de l’Irak, mettant ainsi fin au cesser le feu instauré depuis 2012.

La riposte, Erdogan fait d’une pierre 3 coups

En invoquant le droit de défense contre le terrorisme Erdogane :

  • Confirme l’implication totale de la Turquie dans la lutte antiterrorisme, en lançant des frappes aériennes sur les positions de l’EI. Il dissipe, ainsi, tous les doutes qui tournaient autour de ce point.
  • Il oblige le PKK à réagir violemment et c’est le cas. C’est ce qui lui permettra d’anéantir son arsenal et, au passage, leurs espoirs de fonder un Etat.
  • Met le HDP, le Parti kurde qui a fait la différence dans les élections, dans une position très compliquée.

Les conséquences des deux premiers points sont claires, concentrons-nous sur le dernier point.

Echec et mat

Erdogan a besoin de l’électorat du HDP pour reconquérir le parlement Turc. Il sait très bien que beaucoup de non Kurdes ont voté pour ce parti.
Dans la situation actuelle des choses le HDP doit prendre une position face à tout ce qui se passe en Turquie.
S’il soutient le gouvernement Turc dans sa lutte contre le PKK, il perdra certainement son électorat Kurde, voire plus.
S’il soutient les Kurdes ou s’il se tait, il sera désigné comme le parti qui soutient le terrorisme (le PKK) et il perdra une grande partie de son électorat non Kurde.
Quel coup de mettre de la part d’Erdogan! Il a mis la balle dans le camp du HDP et attend leurs réactions pour leur donné le coup de grâce durant des élections anticipées qu’il provoquera, sans doute, dans un contexte sécuritaire tendu. Avoir la majorité absolue sera, à ce moment-là, un jeu d’enfant.

Les choses ne devront pas passer ainsi, celui qui gouvernera la Turquie, sera décidé par les Turcs et le peuple Turcs n’est pas dupe pour tomber dans le piège d’Erdogan. D’ailleurs, la situation peut dégénérer en conflit régional.
Mais en fin stratège, Erdogane sait qu’à partir de ce moment, toutes les situations lui sont favorables. Sauf si le destin décidera autrement.

Cet article a été lu

(101)

fois

http://efigure.net/wp-content/uploads/2015/07/Erdogan-Davutoglu.jpghttp://efigure.net/wp-content/uploads/2015/07/Erdogan-Davutoglu-150x150.jpgImed FakhriAnalyses & Opinions07 juillet 2015,10 aout 2014,20 juillet 2015,Ahmet Davutoğlu,AKP,attentat Suruc,Daesh,EI,élections anticipés Turque,Elections législatives en Turquie 2015,Erdogan,Erdogan 12e président de la Turquie,Etat Islamique,HDP kurde,Kurde,la riposte Erdogan,parti Kurd,PKK,premier ministre turc,président turc,réaction en chaine,Recep Tayyip ErdoganPersonnellement, j’ai sous-estimé Erdogan dans mon dernier article . Après les élections électorales  du 7 juillet 2015 et la perte de son parti, l’AKP, de la majorité absolue détenue depuis plus d’une décennie, j’ai cru au début de la fin de l’ère Erdogan et de son parti islamiste. En effet, la...Le site où figure l'information

Votre commentaire